samedi 18 octobre 2008

Pas de photo

Vous le savez, je suis une vraie "kid kodak". Depuis que je suis en âge de posséder un appareil-photos, j'en ai un dans les mains! Mon premier, un appareil en plastique vert fluo que l'on crinquait et duquel on devait attendre le flash avec impatience, le temps qu'il se recharge, a posé mes déboires aux cadets de l'air, alors que j'avais 14 ans. Ce n'est donc pas d'hier que j'ai le goût d'immortaliser mon entourage, les bons moments, les moments cocasses, les anniversaires, les partys, les visages, les paysages... Je capture tout moment que je vis, et je me plais à les regarder à nouveau quelques jours, quelques semaines, quelques mois ou quelques années plus tard.

Vendredi, j'ai traîné mon appareil-photos dans le coffre de la voiture lors de mon périple à Québec. Je me disais: "Une dernière photo... Ça me ferais un souvenir impérissable..." Eh bien je ne l'ai pas utilisé... et je peux dire que j'ai plus d'un souvenir dans ma tête.

Le souvenir de ma grand-mère assise au salon de coiffure, alors que je l'ai accompagnée par un hasard comme on en vit et qui fait bien les choses. Elle se faisait brosser, friser, masser le cuir chevelu et se regardait dans le miroir. Elle m'envoyait un petit sourire puis regardait longuement ses mains... On aurait dit une fillette qui se faisait peigner et qui semblait légèrement gênée... Ma grand-mère de 87 ans qui n'entend pas bien et qui, parfois, entend vraiment de drôles de trucs... ;) Elle qui fait ses exercices à tous les jours, qui aime rire et donner des bisoux, qui a vécu presque 61 ans avec mon grand-père... et qui s'enferme dans sa bulle quand la réalité la rattrape.

Le souvenir de mon grand-père, assis dans son fauteuil berçant, sa main dans la mienne alors qu'il oscille entre la lucidité et la confusion que la morphine lui procure. Son clin d'oeil alors que ma grand-mère vient de nous lancer une phrase sans sens... Son sourire en coin lorsque je lui ai dit que je l'aimais beaucoup et que j'étais contente de partager cet après-midi en sa compagnie... Nous avons passé presque 2 heures ainsi, quelques fois en discutant, quelques fois en silence éveillé sans malaise, quelque fois en silence endormi. Aucune larme. Aucun trémolo. Simplement un moment de paix, de tendresse et de bien-être suspendu dans le cirque d'un cancer généralisé.

Je n'ai pris aucune photo en ce vendredi. J'aurais peut-être dû puisque je ne sais pas si je vais revoir mon grand-père. Mais si je n'en ai plus l'occasion, j'aurai à tout jamais ce superbe après-midi ensoleillé où rien n'a été compliqué et où mes ondes positives ont rejoint sa sensibilité. Là où mon attitude a fait en sorte qu'il a voulu partager un instant sans aucune tristesse, sans pression, sans larme. Je m'en allais le voir pour lui faire du bien et lui permettre de passer du bon temps... Je crois que je peux affirmer sans aucune hésitation que ma mission a été accomplie.
Je t'aime Papam.
:)

3 commentaires:

  1. Bravo ma chouette, les plus beaux souvenirs sont dans la tête et dans le coeur tu sais.
    J'ai vu papa samedi et à ton nom, ses yeux s'emplissaient de larmes et d'un beau sourire et lui aussi a maintenant les images dans sa tête!
    Je t'aime fort
    Gigi, la marraine

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  2. Quel beau texte touchant qui dépeint bien toute la sensibilité et la tendresse du moment que vous avez passé ensemble.
    Et c'est vrai qu'il y a de ces moments qui sont impreignés dans notre mémoire et notre coeur beaucoup mieux que n'importe quelle photo.

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  3. C'est très touchant. Je suis vraiment très contente que tu aies pu passer un si beau moment avec ton grand-père. C'est un moment précieux. Je suis fière de toi. Je pense à toi dans ce moment difficile....

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