mardi 31 janvier 2012

Shafia et compagnie

Samedi, dans la Presse, on pouvait retrouver un dossier sur l'affaire Shafia. Pour ceux qui ne viennent pas d'ici (car c'est partout dans les nouvelles depuis que ça s'est passé, en Ontario!), Tooba Yahya, son mari Mohammed Shafia et leur fils Ahmed ont été accusés d'avoir tué 4 femmes; la première femme de M. Shafia et les 3 filles du couple accusé, soeurs d'Hamed. Comment? En les noyant dans le Canal Rideau à bord de leur voiture. C'était le 30 juin 2009 et Radio-Canada en fait un résumé très exhaustif ICI.

Donc, samedi, je lisais le dossier dans la Presse dans lequel on avait permis à Tooba et sa soeur Soraya de se retrouver après 20 ans de séparation. Ce qui m'a le plus marqué de cet article? La tristesse de la soeur à propos de tout ce qui se passe à plusieurs miliers de km de l'Afghanistan. La gêne aussi par rapport au déshonneur des traditions afghanes (le fait que les filles du couple accusé s'habillaient comme les occidentales et adoptaient des comportements contraires aux moeurs acceptées dans leur pays d'origine), malgré le fait que tout ce beau monde ne demeure plus en Afghanistan depuis fort longtemps...

Le lendemain, on apprenait dans tous les médias que le verdict du jury était tombé: coupables de meurtres prémédités pour les 3 accusés. Environ 36h ont été nécessaires pour la délibération... On parle de meurtre d'honneur, ce qui vient corroborer les dires du mari de Soraya (soeur de l'accusée) en Afghanistan. Il disait dans l'article de la Presse que si un de ses enfants osait bafouer l'honneur de sa famille, il n'hésiterait pas à le mettre dans un sac et l'éliminer sur-le-champ afin qu'on ne le retrouve jamais. Ce à quoi personne n'a répondu dans la famille lors de l'entrevue. J'avais la mâchoire sur les genoux en lisant cela. Je me rends compte que nos moeurs sont tellement éloignées de celles du Moyen-Orient!

Cela me fait réfléchir à plusieurs choses...

Je pense au respect de l'être humain, de tous bords tous côtés. Avec mes enfants, je suis justement dans la phase de l'enseignement du respect; manières de parler aux gens, respect du bien d'autrui, etc. Vous savez c'est quoi! C'est une notion très difficile à expliquer, à mettre en pratique pour un petit cerveau d'enfant en pleine expansion! Avec mes étudiants, je me rends compte que cette valeur n'a pas toujours été enseignée... Me faire traiter de "chienne" parce que j'ai donné un résultat X sur un travail mal fait, c'est surprenant! Me faire parler comme si j'étais une chum alors que je suis une adulte professeure, c'est assez pour que je doive remettre les pendules à l'heure. Avec mes collègues de travail, je vois que cela est plus ancré; rarement je vois des gens qui manquent de respect l'un envers l'autre. Mais il y en a toujours, et cela peut devenir très blessant... Au point de détériorer les relations et l'ambiance de travail de tous ceux qui entourent les protagonistes.

Je pense aux valeurs familiales. Au temps que l'on dit "de qualité" avec ceux qui forment notre famille, à toutes les activités que l'on fait ou pas, que l'on prend le temps de faire ou pas! À la FAMILLE proprement dite, aux câlins, aux bisoux, aux rires, aux pleurs, aux sentiments que l'on partage ensemble, aux épreuves que l'on traverse ensemble, aux bons moments que l'on vit ensemble. Je pense aussi à toutes ces choses qui nous éloignent l'un de l'autre; télé, Internet, gadgets (téléphones, lecteurs MP3, mini-jeux vidéos, etc.) mais en même temps qui peuvent nous rapprocher... Comment doser? Comment enseigner que la modération a bien meilleur goût? Je suis moi-même une mordue d'ordinateurs, j'ai une forte part de geek enfouie en moi, je peux passer des heures devant mon écran à lire, chercher, partager... et je dois me contrôler pour restreindre ces activités. Oui, je trouve ça dur de ne pas ouvrir mon ordi le soir mais je le fais maintenant pour passer du temps avec les enfants et Alex. Je ferme mon ordi avant le souper et, à moins d'avoir un courriel important à envoyer ou un site à aller voir pour une référence dont on parle, je ne l'ouvre pas avant le lendemain. Je l'avoue, c'est dur! Mais je le fais de plus en plus et je suis contente de le faire.

***

Tuer quelqu'un pour l'honneur. Dans mon cerveau d'occidentale, cela est assez heavy merci. Je ne peux concevoir que l'on va enlever la vie d'un être humain parce qu'il n'a pas agi comme moi je pense qu'il aurait dû. Mais je n'ai pas été élevée là-bas... Je crois que la justice canadienne a lancé un message clair (du moins jusqu'à ce que le procès rouvre suite à l'appel d'Ahmed demandé ce matin): au Canada, tuer = tuer. Tuer pour l'honneur = tuer! Coupables de meurtres prémédités. Au Canada, c'est un crime impardonnable, sans possibilité de libération avant 25 ans minimum. Avec tous les éléments des dernières années concernant les accomodements raisonnables, je crois que pour une fois, nous avons montré que nous avons une colonne. Je n'ai rien contre toutes les coutumes et les moeurs de la Terre, je crois simplement qu'ici, nous avons les nôtres, et quelqu'un qui vient vivre chez nous devrait aussi respecter notre manière de vivre... Encore une fois, tout revient au respect et à la famille. Pourquoi ne pas simplement se respecter l'un et l'autre dans ce que nous sommes?

1 commentaire:

  1. Commentaire très juste, bien dosé avec une plume incroyable. Heille c'est ma femme ça. Je pousserais le commentaire du respect de l'un de l'autre au respect de nous même. Comment une personne peut vivre avec le sentiment d'avoir enlevée la vie d'une autre. Comment faire pour se respecter sois-même après un tel acte. Il me semble que c'est contre nature, du moins contre la mienne.

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