mercredi 8 février 2012

Trauma

Pleurer comme ça, c'est pas possible. Les sanglots, les tremblements, tout le kit au complet.

Hier en écoutant Trauma, drame hebdomadaire québécois de qualité incroyable, j'ai compris le sens du nom de la télésérie que je regarde depuis 3 saisons. Une jeune fille de 14 ans avec le dos en compote et la moëlle épinière atteinte sur la table d'opération entourée de 3 médecins chevronés tentant de faire leur meilleur pour la garder en vie, tout en se questionnant mutuellement sur l'éthique de la chose... Un garçon de 17 ans en choc post-traumatique avec quelques contusions à l'ugence expliquant avec gêne et honte au médecin de garde qui a bien pris le temps de le questionner lentement qu'il coursait avec un ami sur cette route de campagne et n'a pas vu la jeune... Le père de la fille, interprété magistralement par Marc Béland, qui arrive en trombe à l'hôpital pour apprendre que sa petite triathlonnienne (!) ne marchera plus, ne parlera probablement plus non plus, que ses organes internes ont été touchés gravement...

Pleurer de compassion, de tristesse, d'empathie. Imaginer son enfant sur la civière et se voir le veiller en sachant pertinemment que plus rien n'attend cet être; plus de projets, plus d'objectif, plus de possibilité de carrière, d'accomplissement, de famille, de rêves. Je me voyais face à cette déchirante situation, je me voyais dans l'écran, débrancher ma fille et pleurer toutes les larmes de mon corps alors que je sais que le pire aurait été qu'elle reste en vie. J'ai sanglotté de douleur du coeur, cette scène m'a marquée au fer rouge. J'en ai rêvé.

Quoi faire face à une telle situation? Je pense à l'affaire Latimer qui a été de rebondissement en rebondissement ici au Québec. Je pense aussi à un débat auquel j'avais participé dans un de mes cours au secondaire (souvenir!); faut-il légaliser l'euthanasie? Quand avons-nous le droit de respecter les volontés de quelqu'un, quand on sait que cette personne ne veut pas rester légume? Quand avons-nous le devoir de débrancher une personne dont nous sommes responsables alors qu'elle (et nous, probablement) n'aura plus de vie?

Hier dans Trauma, un des médecins disait, pendant l'opération de la petite, qu'il était encore temps d'arrêter et de la laisser aller. Aller comme dans bye bye, bonjour St-Pierre, pour reprendre ses mots sarcastiques. Quel est le moment où le personnel médical doit prendre cette décision? L'autre médecin était offusquée de cette réplique et disait qu'elle devait faire tout ce dont elle était capable pour la garder en vie. Le premier répliquait en demandant: "Mais quelle vie?"

À quel point devons-nous absolument garder les humains en vie lorsqu'ils n'ont aucune qualité de vie? Une jeune de 14 ans paralysée en chaise roulante, incapable de parler. Un vieillard ayant perdu toute son autonomie, faisant de l'Alzheimer et qui souffre de multiple blessures. Lorsqu'il n'y a plus d'espoir, lorsque toutes les chances de réhabilitation sont anéanties, pourquoi ne pas laisser à ces personnes leur reste de dignité et les laisser mourir en paix? Pourquoi s'acharner... Afin d'avoir meilleure conscience?

Cela ne m'est jamais arrivé et je ne me le souhaite pas. Et probablement que je n'aurais pas le même raisonnement dans le feu de l'action. Par contre, je peux vous dire qu'avec mon raisonnement d'aujourd'hui qui est calme et non biaisé par une situation de la sorte, par amour pour cette personne, en laissant mon propre égo et ma souffrance personnelle de côté, je préfèrerais permettre à cette personne de partir, de ne pas vivre le fardeau d'une "vie" sans projets, sans objectif, sans carrière, sans accomplissement, sans famille, sans rêve.

Quitte à en pleurer comme c'est pas possible. Les sanglots, les tremblements, tout le kit au complet.

1 commentaire:

  1. 28 octobre 2012... MERCI de votre blogue... vous touchez juste ... j'ai cherché sur Google - Béland Trauma fille... j'arrive ici. Précieux votre blogue sur cet épisode. MERCI... alr (1948 - Montréal).

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