mercredi 28 mars 2012

Rejet

Mardi, j'étais au CÉGEP pendant l'assemblée générale des étudiants à laquelle ces derniers devaient voter la poursuite ou l'arrêt de la grève montmorencienne. C'était voulu, j'avais une réunion le matin et je tenais à voir cela, à être témoin de ce vote. Pourquoi? Je n'en savais rien. J'avais l'intuition qu'il fallait que je le vive.

Les étudiants ont commencé à arriver à pieds, en autobus scolaires, par voie commune, envahissant le métro et les autobus de la ville. Une haie d'honneur se formait sous la fenêtre de mon bureau, juste devant l'entrée principale. Du rouge, partout. Le soleil qui plombait donnait encore plus d'éclat à cet événement flamboyant.

Lorsque l'assemblée commença officiellement, ils étaient plus de 2200 à pouvoir exercer leur droit de vote dans le gymnase triple, je trouvais cela fascinant! Ils étaient plus nombreux que la semaine dernière et semblaient animés d'une fougue incroyable. L'assemblée se déroulait pacifiquement, d'une manière très professionnelle et respectueuse.

Je me promenais dans le couloir longeant le gymnase et mon bureau et j'ai croisé des collègues, connus ou pas (nous sommes vraiment beaucoup de professeurs dans le CÉGEP et je ne suis pas la plus sociable d'entre eux donc je n'en connais pas énormément... quoi que je m'améliore de session en session!). Des sourires en coin, des regards... Je dois avouer que j'ai alors vécu un sentiment très bizarre. Je me suis sentie mal dans mon lieu de travail.

Pour faire une brève description de mon moi-même, je ne suis pas syndicaliste et encore moins défenderesse des grandes causes sociales. Tel que mentionné dans un autre billet, j'appuie les étudiants qui manifestent contre la hausse faramineuse des frais de scolarité, par un souci d'ouverture et d'altruisme envers les générations futures (dont celle de mes propres enfants), mais aussi parce que je trouve qu'il y a un juste milieu entre tout et rien. Cette grève n'est pas la mienne mais j'ai quand même pris position et je soutiens moralement cette lutte. Moralement car je n'ai pas le goût d'aller faire du piquettage à tous les matins à 50km de ma maison, mais je participe quand même à certains événements ponctuels et je me tiens informée, je participe à des forums et des discussions. Bref, je ne suis pas la plus participative, mais je fais ce que je pense bien et utile.

Si dans un jour pas si lointain, je dois moi aussi faire des moyens de pression pour renégocier le contrat des enseignants avec le gouvernement, je le ferai, au meilleur de mes capacités, mais je ne serai jamais celle qui sortira la première dans la rue, à hurler, à braver vents et marées pour aller marcher sur le paillasson du premier ministre, rue Fulum. Ce n'est tout simplement pas dans ma nature. Par contre, je vais aller manifester, je vais me présenter aux assemblées, je vais aller voter et exercer mon devoir afin d'aider ma profession et, ne nous le cachons pas, ma cause personnelle.

Toutes ces explications pour dire que je me suis sentie mal dans mon lieu de travail car j'ai senti des regards et des commentaires désobligeants de certains qui passaient à mes côtés... "Ah ben, elle est finalement là!" Euh, pardon? J'aurais dû être où, au fait? À la manifestation du 22 mars? Eh bien je ne pouvais pas et je n'avais pas le goût d'y aller non plus. Par contre, j'étais là le 18 mars avec Mathilde... Ha, ça tu ne le savais pas! Ben non, c'était JUSTE une manifestation familiale... Pas la vraie...

Je me suis tellement sentie jugée alors que je n'aurais aucunement dû! Avant que je prononce la manifestation du 18 mars dernier, je sentais des regards du genre: on sait ben, toi tu viens pas à tous les matins piquetter en bas, tu viens pas à la manif nationale, tu fais pas ta part... C'était très désagréable à vivre. Je ne juge personne sur son opinion quant à cette grève, chacun a droit à son avis et surtout à comment il le vit et le débat.

Pour une fois depuis très longtemps, je me suis sentie rejetée. Ce fut très déplaisant. :(

***

Malgré tout, je dois dire que j'ai trouvé cette assemblée magnifique. De voir ces jeunes que l'on accuse souvent d'inaction et de je-m'en-foutisme se mobiliser et être présents pour voter, de les voir comprendre de plus en plus leur pouvoir de décision en tant qu'individu mais aussi de groupe, c'était émouvant.

Quand la grève illimitée a été refusée par 50 voies sur 2200 personnes, la réaction a été instantanée; une vague de sons, des cris, des larmes, des chants, je ne sais pas exactement ce que c'était mais j'étais aux abords de la foule et j'ai senti un frisson me parcourir l'échine. C'était magique.

Quand la grève de 2 semaines a passé à main levée suite aux arguments d'un étudiant fort bien articulé qui expliquait qu'au retour d'une seule semaine, nous n'aurions qu'une seule journée de classe puisque 2 journées de rattrapage et 2 congés (de Pâques) étaient prévues au calendrier scolaire, c'est un raz-de-marée de joie et d'énergie qui est passé tout près de moi.

C'était beau à voir. Bravo à ces jeunes de se déplacer. Qu'ils soient pour ou contre, ils étaient là. Ils étaient engagés et motivés à donner leur vote pour une cause. L'éducation.

2 commentaires:

  1. ah ça les gréveux ont le tour de te faire sentir coupable. Le jour J crois moi personne n'a remarqué ton absence. Mais comme ils sont parcourus d'un sentiment de combattivité, ils espèrent que ce sentiment soit partagé par toute la population...
    Mais comme tu dis, ce n'est pas ton combat!

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  2. Comme dit Valérie, un moment donné les grévistes finissent par en vouloir un peu à tout le monde. Je comprends aussi un peu la colère qui peut planner sur un groupe qui essaie de faire valoir ses droits. Mais desfois, faut penser aux autres. Bref, moi je m'en ferais pas plus que ça :)

    tu es beaucoup mieux que moi, car moi je ne fais rien du tout et je ne sais pas encore de quelle bord je prends. Je manque trop d'informations à mon avis. Mais quand j'étais au Cegep, on l'avait fait aussi (j'ai 36 ans donc à 19 ans) à Ottawa :)

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