lundi 14 mai 2012

Bilan de mes premières injonctions

J'ai laissé un peu la poussière retomber car vendredi, j'étais trop bouleversée pour écrire ce billet. Maintenant voilà, je peux faire un bilan de mes premières injonctions la tête (reposée).

Vendredi, j'enseignais mon premier cours "injoncté". Le cours s'est (relativement) bien passé (quelques commentaires et malaises en cours de route, mais rien d'étonnant, la situation était assez malaisante de base) jusqu'à environ 10 minutes de la fin. Un commentaire et tout a basculé.

Étudiante qui a probablement eu des remarques et des ambiances assez merdiques tout la journée dans ses cours, compte tenu de la réaction qu'elle a eue suite à ce que je lui ai dit, m'a candidement rappelée que j'étais en vacances depuis 9 semaines et que je n'avais pas à chiâler....

Euh, pardon? La discussion, qui, à prime abord devait ressembler à un pep-talk, a pris un tout autre virage.

La réalité est que oui, j'ai eu 9 semaines où je n'ai pas enseigné mes cours. Durant ces 9 semaines, j'ai fait toutes sortes de choses reliées à mon travail; correction, entrée de notes, préparation de la session Automne, réunions, rencontres diverses avec la direction, etc, etc, etc. L'autre réalité est que oui, j'étais payée durant ces semaines, car je suis à salaire annuel puisque je suis permanente. Ce qui n'est vraiment pas le cas de plusieurs de mes collègues.

Pour moi, le mot vacances est un terme qui désigne une période de temps où l'on ne travaille pas, où l'on ne pense pas au travail, où on décroche, où on est libres de vaquer aux occupations qui nous tentent, où on peut partir en voyage plusieurs jours ou semaines si on en a envie et que notre période de congé le permet, où nous n'avons pas d'obligation envers notre employeur (vous allez me dire que tout est relatif, mais vous comprenez le fond de mon idée).

Dans les 9 dernières semaines, je n'ai pas été en vacances. À tous les 2 jours, on me demandait de rentrer, d'assister à des réunions, de me présenter pour remplir des obligations que mon travail comporte. À chaque semaine, j'attendais fébrilement le résultat du vote étudiant pour savoir si je recommençais à travailler le lendemain ou non. À toutes les semaines, je me demandais si j'allais finir en mai, en juin, en juillet, en août ou jamais. À chaque semaine, mes collègues, tout aussi inquiets que moi, me questionnaient en tant que coordonnatrice sur des choses auxquelles je ne pouvais répondre. Donc présentement, alors que ma session doit théoriquement se terminer le 15 mai, soit demain, je vais me préparer à faire des heures et des heures de bénévolat. Pourquoi? Parce que je devrai donner le même cours plusieurs fois, alors que je suis payée pour le donner une seule fois. Parce que je ne sais même pas si j'aurai des vacances cet été.

La remarque typique: "On sait ben, vous les profs, vous êtes gras dur, vous avez 2 mois, vous feriez bien pitié de n'en avoir qu'un alors que la majorité du monde a 2 semaines par année...".

Oui, je suis gâtée. J'ai un travail formidable que j'adore et j'ai de bonnes conditions de travail (en général!). Je bûche durant l'année, je trime dur et j'ai choisi ce métier car je l'aime. Je crois sincèrement que ce n'est pas tout le monde qui peut faire mon travail; être enseignant(e), peu importe le niveau enseigné, est une passion, un dévouement constant. C'est comme être éducatrice en garderie ou infirmière, deux métiers que je serais complètement INAPTE à faire. Je connais mes forces et mes faiblesses et à 34 ans, je peux dire que je les utilise pleinement et je tente de m'améliorer chaque jour. Être enseignant(e), ça peut être super gratifiant mais ça peut être aussi super difficile. Et justement, il est très difficile de juger quand on ne vit pas une situation.

J'ai réalisé que cette étudiante avait probablement vécu des cours plus contraignants que les miens durant cette journée mais comme j'étais le dernier cours, j'ai écopé. J'ai pu le réaliser puisque je suis maintenant une adulte. Une adulte qu'elle n'est visiblement pas, puisqu'elle avait le discours d'un parent dans la bouche. Un parent qui l'avait sûrement incitée à demander une injonction en lui rappelant que ses profs n'avaient pas à chiâler puisqu'ils étaient en vacances depuis tout ce temps...

***

Samedi dans la Presse, j'ai appris tout comme mes collègues, ce que personne ne pouvait nous dire la semaine passée; les étudiants qui entraient aujourd'hui avaient des chances de finir le 30 juin en faisant des cours de soir et de weekend. Peut-être auraient-ils à revenir en août pour terminer leur session. Je ne comprends toujours pas pourquoi j'ai appris cela dans la Presse......... C'est vrai que j'avais juste cela à faire, étant en vacances. :(

2 commentaires:

  1. C'est tellement enseigner dans un mauvais contexte. Et c'est pas mieux pour les jeunes. Quelle situation pénible...vivement que ça se règle!!!

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Et puis maintenant, je relis ce billet....ouf ....outre le fait de mauvaises conditions pour travailler, quel culot!

      Cest bien peu de considération pour là personne devant toi qui te donne un cours, qui devra le redonner à d'autre plus tard, qui le fera probablement le soir et les fins de semaines. C'est aussi la personne qui n'ose probablement plus faire de plan de vacances....et j'en passe! Non?

      Si pour des étudiants, la situation n'est pas agréable, ils devraient regarder autour, et verrait qu'en fait, ce ne l'est pas pour personne!

      Supprimer

Nous aimons vous lire! Dites-nous ce qui vous vient à l'esprit...