jeudi 7 avril 2016

Mon virage zen

La quête du perfectionnisme...

C'est la phrase qui caractériserait le mieux ma vie depuis que je suis jeune. À l'école, j'étais douée et je performais sans effort. Je jouais de la musique, je nageais, jusqu'en secondaire 3, mon seul côté déficient était ma vie sociale, quasi-absente si ce n'est ma soeur et parfois un ou une amie qui osait approcher la petite (!) nouvelle qui changeait souvent d'école. Au milieu du secondaire, je me suis (enfin) trouvée et j'ai (enfin) découvert les joies de la vie sociale remplie. Je peux donc dire qu'à ce moment, j'étais comblée. Des amis, une moyenne générale autour de 90%, des solos de trompette dans mes concerts de fin d'année, des écussons qui s'accumulaient aux cadets... Déjà j'en voulais plus. La fille qui était à côté de moi en classe et dans le stage band était meilleure que moi (du moins, c'est ce qui m'obsédait) et ça me faisait royalement chier. Je la trouvais dont parfaite. Et j'aurais dont voulu être elle.

Au CÉGEP, j'ai découvert la vraie vie. Lors de ma première session en sciences de la nature, j'ai coulé tous mes cours de sciences. Pas à 57%, non, non! Physique 33%, Calcul différentiel et intégral 37%, Chimie 42%. Une chance qu'il y avait des cours de Français, de Philo et d'Éducation physique pour me remonter un peu car j'ai pris toute une débarque! Il était grand temps que je comprenne qu'en ne faisant aucun effort, j'allais complètement rater mes études supérieures! Je faisais partie de groupes de musique, puis de comédies musicales lors de mon arrivée dans la région métropolitaine. J'ai rencontré des gens merveilleux... Je faisais ce que j'aimais; j'étudiais en sciences humaines avec géographie et histoire (j'ai effectué un changement drastique après cette fameuse embardée collégiale!), je chantais sur scène, j'avais tout plein d'amis... Déjà j'en voulais plus. La fille qui avait le premier rôle dans la pièce et qui chantait comme une déesse... La fille populaire qui était aimée de tous (même de moi en fait!), ça me faisait royalement chier. Je la trouvais dont parfaite. Et j'aurais dont voulu être elle.

À l'Université, j'ai trouvé ma voie. Après une année sabbatique de voyage et une entrée sur le marché du travail, je suis retournée sur les bancs d'école et j'y ai fait la connaissance de certains amis que je côtoie toujours et qui sont des perles dans ma vie. J'étudiais comme une déchaînée, j'enseignais une vingtaine d'heures de cours en groupe, je démarrais ma compagnie... J'avais un chum formidable qui m'épaulait dans tous mes projets... Déjà j'en voulais plus. La fille qui était mince, sculptée au couteau, qui obtenait les notes plus hautes que les miennes, elle me faisait royalement chier. Je la trouvais dont parfaite. Et j'aurais dont voulu être elle.

En 2005, je suis devenue maman pour la première fois. Ma soeur était déménagée dans le Bas du Fleuve, ma relation avec mes parents branlait dans le manche, je ne gagnais pas un bon salaire, j'étais en post-partum solide. J'en voulais plus. La fille pour qui l'allaitement allait bien, qui avait l'air d'une carte de mode, qui avait repris sont poids pré-grossesse en 3 mois, qui était radieuse en tant que nouvelle maman, elle me faisait royalement chier. En 2008, il y en avait une aussi, comme ça. Pour qui la maternité semblait innée, pour qui tout était si facile. Qui parvenait à tout concilier et à être heureuse à tous points de vue (du moins en apparence). Je les trouvais dont parfaites. Et j'aurais dont voulu être elles.

En septembre dernier, je me suis inscrite dans un studio de yoga. J'ai découvert la sérénité, la respiration, l'introspection. Et pour la première fois de ma vie, à 38 ans, je n'ai pas le goût d'être quelqu'un d'autre. J'ai réglé beaucoup de "bibittes" avec ma famille, même si ma soeur est sur l'autre continent, on a une super belle relation à distance. J'ai quelques amis fidèles sur qui je peux compter, un mari qui est encore et toujours là à mes côtés, 3 enfants qui me suivent dans mes idées folles et qui m'en apprennent tous les jours. Je travaille dans le domaine que j'ai choisi par passion, je rencontre des personnes formidables en faisant rouler ma compagnie, je suis en santé et en forme.

Après toutes ces années où j'ai tant voulu être les autres, je me découvre enfin. En lisant ce texte en début de semaine, je me suis dit: "Oui, c'est exactement ça." Ce fut un très long chemin, plusieurs années de déception parmi les bons moments, de frustration parmi les belles journées. J'ai appris à exprimer ce que je pensais malgré les mauvaises langues, à tenir mon bout malgré les tentatives d'influence, à prendre ma place même si ça ne plaît pas à tout le monde. Trop grande, pas assez mince, nez croche, pas d'équilibre, cellulite... ce que je n'ai pas trouvé pour me rabaisser et me comparer! Pour la première fois, à 38 ans, je me sens bien dans mon corps et je ne suis pas obsédée par ma bédaine de grossesse qui, malgré toutes mes heures de sport, ne disparaît pas. Je suis loin d'être parfaite. Mais je ne veux maintenant qu'être moi.

Je vous laisse ma toune du moment, qui représente exactement ce sentiment: https://www.youtube.com/watch?v=Mr1sqe_eZq4

3 commentaires:

  1. Hum bravo.....tu y es parvenue un peu plus tôt que ta parraine....il y aura des petites rechutes mais bravo.

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  2. Bravo! Tu as bien raison, ce n'est pas facile tout le temps... Ton texte me parle. Merci! xx

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  3. On a toujours envi de "plus" mais on oublie de savourer ce que l'on a... Très belle réflexion qui me parle ce matin!

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