lundi 6 mars 2017

Briser l'isolement

En 2006, en plein post-partum suite à mon accouchement de ma plus vieille, je m'étais rendue à la halte-allaitement au CLSC pour faire peser et mesurer ma dodue. Le froid et la neige rendaient cette sortie des plus difficiles pour moi, mon moral étant déjà au 6e sous-sol. Je peinais à dormir la nuit alors que la petite faisait des 12 heures depuis belle lurette... Le jour, mes cernes se creusaient au même rythme que mon positivisme. Dans la salle surchauffée à lumières tamisées, je ne voyais même pas les autres mamans présentes. Tout ce que je voulais c'était mettre le carnet à jour et retourner dans mon cocon, en pyjama, à somnoler devant des émissions de TLC toutes plus motivantes les unes que les autres; 10 years younger, What not to wear...

Cette fois-là, une infirmière super douce m'aida avec Mathilde. Voyant mon état comateux, elle commença à me questionner. Je n'avais vraiment pas le goût de m'ouvrir à cette femme que je ne connaissais pas, même si elle me paraissait attentionnée. Sans que je le veule, le flot de larmes qui coula sur mes joues fut instantané. Elle prit plusieurs minutes avec moi, pendant que la petite dormait, pour m'écouter, me réconforter, en savoir plus sur moi. Je quittai le CLSC bouffie et honteuse de m'être épanchée ainsi sur l'épaule d'une parfaite inconnue. J'étais tellement gênée que cela me prit plusieurs semaines avant de retourner au CLSC.

Quand j'y suis retournée, l'infirmière m'accueillit avec un grand sourire.

- Bonjour Caroline, comment vas-tu?
- Pas mal...
- J'ai pensé à ça... Tu m'as bien dit que tu étais kinésiologue? Tu donnes des cours de groupe?
- Oui...
- Pourquoi ne partirais-tu pas un cours de Maman avec bébé? Un genre de cours où les mamans font de l'exercice avec leur poupon... Ça te ferait sortir de chez toi et tu pourrais rencontrer des femmes dans la même situation que toi!

L'idée, que je trouvais farfelue au départ, fit son chemin. Au début du mois de mai, j'avais conçu mon cours, le Cardio-Poupon, et j'apportai des feuillets au CLSC pour en donner aux mères présentes à la halte-allaitement. Alors que le soleil brillait de plus en plus et que la chaleur reprenait du service, je commençai à me promener dans les rues de ma ville en compagnie de 7, 8 10 mamans et leurs poussettes. On bougeait, on suait, mais surtout on jasait. On prenait conscience que l'on n'était pas dans un trou, toute seule, à vivre nos petits drames quotidiens. On brisait l'isolement.

10 ans plus tard, je donne toujours mes cours de Cardio-Poupon, 3 enfants plus tard. Heureusement pour moi, je n'ai jamais revécu de post-partum. Mais au cours de cette décennie, j'ai croisé plusieurs mamans qui débarquaient dans mes cours l'air piteux et le teint cireux. À mon tour, j'ai écouté, réconforté et aidé du mieux que j'ai pu ces femmes qui ne se reconnaissaient plus. Plusieurs m'ont avoué avoir eu la piqûre de l'exercice avec moi... J'ose espérer que ma passion pour l'activité physique leur aura permis de se sortir de ces idées noires et surtout de se sentir mieux dans leur peau. Car une maman heureuse fait rayonner son bonheur partout autour, qu'en pensez-vous?

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